Immense et rouge

Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 09:08

Deux belles chroniques :

 

Sur le site de Livres-addict.fr ( link ) :

 

C'est un texte qui rebrousse tout. Qui prend à rebours les attentes et les habitudes du lecteur. Qui pratique sans cesse des sorties de route, qui dédaigne hautement les tracés trop nets, les cours rectilignes et les autoroutes de l'écriture.

Un texte qui avance par à-coups, ruées, saccades et secousses sismiques. Une langue râpeuse qui sarcle, fouette, dépèce, violente sans trêve mais avec une infinie douceur. Une forêt d'épines, un cactus dans un écrin des plus suaves.

Un texte qui magnifiquement nous égare en pulvérisant tous les codes de la narration classique.

C'est un poème craché, un flux incantatoire qu'on ne peut assigner ni étiqueter.

Il est question d'un homme et d'une femme annelés, appariés à l'envers.

D'une noce vécue comme une agonie.

D'une enfance éventrée, saignante, béante et qui n'en finit pas de mourir et de renaître, porteuse d'un pouvoir corrosif intact.

Il y a aussi un oiseau sacrifié et cette perte scarifie et hante la femme à l'égal d'une blessure originelle.

 Il y a la mère morte, la confusion constante, autour de l'expulsion inaugurale, entre la sortie au jour et l'entrée dans la nuit définitive.

Il y a surtout une voix qui saisit, secoue, prend à la gorge et ne laisse pas en repos. Celle d'une femme en qui l'enfance demeure, totale, intouchée, absolue, perçante comme un cri, comme une peine incompensable et un chagrin inapaisable. 

C'est un texte dont il ne faudrait rien dire, qu'il faudrait écouter bruire, balbutier, s'enfler, battre et tempêter.

Un texte dont il faudrait s'emplir et s'empreindre comme d'une prière.

Et les photos d'Akin Cetin qui scandent le texte de Marie Chartres sont aussi énigmatiques, enveloppantes et terribles que les phrases qu'elles accompagnent.

Mais "quel ange n'est terrible" ?

Bénédicte Heim  05/12

 

Sur le site de "La cause littéraire" ( link ) :

 

La colonne vertébrale. C’est peut-être ce qu’il faut chercher, débusquer, dans le texte non linéaire de Marie Chartres. La colonne vertébrale, pourtant, c’est bien elle qui saute aux yeux, sur la couverture du livre : l’éclairage de la photo d’Akin Cetin insiste sur la nuque et le haut du dos d’une jeune femme penchée. Vertèbres saillantes. Corps ployé. Le texte s’intitule Immense et rouge, comme un poème de Prévert (Immense et rouge / Au-dessus du Grand Palais / Le soleil d’hiver apparaît / Et disparaît / Comme lui mon cœur va disparaître / Et tout mon sang va s’en aller…) Il va bien être question de sang, dans ce texte, de sang versé et de liens du sang : « Puis il y a eu  cet éclair, grand comme une lumière et ce silence, immense et rouge ».

 

Il y a une histoire, dans ce texte-là. Une histoire terrible de traumatisme et de salut impossible, de naissance et de mort simultanées, de blessures adolescentes et d’errements. Il y a la folie, comme un fatum, et des parents engloutis dans la violence. Il y a une grand-mère et une fillette devenue femme, toujours petite et toujours perdue, consciente peut-être de ses failles mais inapte à les affronter vraiment. Il y a l’histoire d’un couple, la figure d’un époux dépassé et attendri, bienveillant.

Marie Chartres est aussi auteur pour la jeunesse. Elle connaît les codes du conte, l’importance de la couleur-symbole. Avec Immense et rouge, elle livre un texte poétique qui explore la mort et le meurtre, la vie et l’amour, la vérité et sa perception : « Et la méchante petite âme toujours à terre, patiente et lente continue de lisser ses ailes d’archange tandis que l’épouse nuage doucement se métamorphose fantôme sous les doigts de son mari ».

On le voit, ce texte est avant tout écriture. On y décèle une cadence parfaitement maîtrisée. On y entend aussi une voix : « Je ne veux plus rien savoir de cette histoire, je ne veux plus jamais l’entendre. Il baisse les yeux lorsqu’il le lui dit et puis il a ce mouvement de tête, toujours là, comme ça, comme s’il avait honte ou qu’il était blessé mais elle n’arrive pas à s’en empêcher. Elle veut toujours lui raconter l’histoire du petit oiseau au cimetière en caoutchouc. Un conte que l’on raconterait aux enfants avant d’aller dormir » (1).

 

Pour accompagner le texte de Marie Chartres, Akin Cetin propose des photographies en noir et blanc ou en couleurs, dont le motif principal est toujours décalé vers la gauche, comme pour montrer qu’il n’y a pas d’issue dans cette histoire, pas de projection possible dans un quelconque devenir. Lorsque le sujet est au centre – par trois fois seulement – on est déjà comme au bout du chemin.

La toute jeune maison d’édition Les Inaperçus propose pour sa première publication un livre qui s’écarte résolument des sentiers balisés. L’objet-livre lui-même est impeccable : papier glacé, magnifique rendu des photographies, mise en page sûre. On va les suivre, ces Inaperçus.

Christine Bini.

 

 

Par Marie Chartres - Publié dans : Immense et rouge
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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 14:55

à cinq questions. C'est à propos d'Immense et rouge et c'est ici : link

 

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Par Marie Chartres - Publié dans : Immense et rouge
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Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 22:05

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"Immense et Rouge" vient de sortir aux éditions Les Inaperçus.

Vous pouvez le commander directement sur leur site ( link ) ou le trouver progressivement en librairie.

Ce livre évoque la folie, la déliquescence et le trauma.

Ce texte est le fruit d'une commande des deux éditrices, Frédérique Breuil et Mathilde Levesque.

J'ai la chance d'ouvrir leur catalogue. Merci à elles pour leur confiance et leur curiosité.

Voici leur ligne éditoriale :

“Les Inaperçus” est une maison d’édition indépendante créée en septembre 2011 par  Frédérique Breuil et Mathilde Levesque.

Notre idée est de faire se rencontrer deux univers, et de trouver l’alchimie entre une écriture poétique et une création plastique contemporaines. Ainsi, de la collaboration entre écrivains et plasticiens (photographes en particulier), naissent des créations originales, spécialement conçues pour les Inaperçus.

Nous privilégions les formes courtes, sur support papier ou numérique, et souhaitons faire découvrir tous types d’auteurs, y compris ceux qui jusqu’alors publiaient sous forme numérique – blog, notamment.

Les livres, imprimés en quadrichromie, sont pensés comme une série de beaux objets et valorisent dès la couverture le travail du plasticien."...

J'ai eu la chance de travailler sur les photos d'Akin Cetin, photographe et vidéaste turc. Vous pouvez découvrir son travail ici : link

 

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Par Marie Chartres - Publié dans : Immense et rouge
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Dimanche 4 mars 2012 7 04 /03 /Mars /2012 11:40

Un extrait à lire et à écouter sur le site de littérature Remue.net  : link

 

" On trouvera ci-dessous un extrait (à lire et à écouter) d’Immense et rouge à paraître en mars 2012 avec des photos d’Akin Cetin aux Éditions Les Inaperçus. Un texte fragmenté dont Marie Chartres dit qu’il est « hanté par la folie et le délitement ».


Je ne veux plus rien savoir de cette histoire, je ne veux plus jamais l’entendre. Il baisse les yeux lorsqu’il le lui dit et puis il a ce mouvement de tête, toujours là, comme ça, comme s’il avait honte ou qu’il était blessé mais elle n’arrive pas à s’en empêcher. Elle veut toujours lui raconter l’histoire du petit oiseau au cimetière en caoutchouc. Un conte que l’on raconterait aux enfants avant d’aller dormir. Il fait cette tête de garçon fâché comme si son histoire n’avait aucun sens. Elle commence à parler fort et à rire, il y a ce spasme qui la secoue, un claquement sec, la chute d’un corps et elle dit tu ne peux rien contre ce qui s’est passé.

Il plie sa serviette de table, il passe les doigts sur les plis, une fois, deux fois, trois fois tandis qu’elle raconte le matin où elle a voulu sortir dans le jardin, il avait plu toute la nuit, il est très nerveux, quatre fois, cinq fois, si elle continue de parler, elle pense que tout ira bien, le temps restera immobile, les jours se suivront, diction, répétition et là c’est vrai que tout pourra aller, six fois, sept fois, elle est sortie du cellier, le ciel était gris et froid, elle a fait demi-tour pour enfiler ses bottes, elle a enfoncé son pied droit dans la chaussure, a forcé, forcé et en parlant comme si elle chantait, l’épouse a expliqué que la cruauté est un puits sans fond parce que durant de longues minutes, elle a continué de forcer sans chercher à comprendre, huit fois, neuf fois avant de saisir qu’il y avait une chose tout au fond, quelque chose de monstrueux qui changeait de forme sous la pression du pied, une sorte de tissu qui s’ouvrait en corolle spongieuse. Un printemps dégueulasse sous les orteils.

Le ciel est bas en couleur chrysanthème et lorsqu’elle a compris qu’il y avait là un oiseau mort, décomposé au fond de sa botte, elle a voulu hurler, il y a un cadavre sous mes pieds. Dans le jardin, les fleurs étaient rouges sanguines, elle s’en souvient très bien. Il continue de passer ses doigts sur les plis de la serviette. Elle a retiré son pied mais c’était trop tard, hein, trop tard parce que voilà, ça lui fera toujours penser à son mariage, le moment où il lui avait passé la bague au doigt, ce qu’elle avait ressenti lorsqu’il lui avait glissé l’anneau, elle avait eu la même sensation. Un dégoût et la corolle spongieuse.

Elle commence à pleurer en disant qu’elle a passé son pied à l’eau de javel, à s’en brûler la peau. Mais son mari à cet instant déplie sa serviette et prononce espèce de pute, il répète, pute, je vais te laisser. Un de ces jours, j’en finis avec toi et avec moi, un de ces jours, j’en finis avec nous. Tu me rends fou, je ne sais plus quoi faire avec toi.

La pièce est vide, la serviette à terre, le mot pute claque encore dans l’air, il n’y a plus qu’elle dans la cuisine. Elle voulait simplement raconter l’histoire de l’oiseau mort au cimetière en caoutchouc.

C’est tout,

Juste cette histoire d’oiseau décomposé sous son pied. Et la corolle qui lentement depuis se déplie au centre de son ventre.

Elle regarde le cadavre de la serviette pliée, martyrisée, petite flamme de l’enfer, tu me fais du mal à te voir jetée à terre.

L’épouse la ramasse et fait un nœud à la serviette devenue mouchoir pour se souvenir à l’infinitif que le petit oiseau est mort.


De Marie Chartres on peut aussi lire Cette bête que tu as sur la peau, paru en 2011 aux Éditions du Chemin de fer.

19 février 2012 "
immense
Par Marie Chartres - Publié dans : Immense et rouge
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Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 21:08

La couverture du livre à paraître en avril aux éditions "Les Inaperçus" :

 

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Par Marie Chartres - Publié dans : Immense et rouge
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Présentation

Profil

  • Marie Chartres
  • Marie Chartres
  • Femme
  • 23/12/1977
  • Littérature Ecriture Romans
  • "Bleu de Rose" "Les anglaises " "Les nuits d'Ismaël" Ed. L'Ecole des Loisirs "Cette bête que tu as sur la peau" Editions du Chemin de Fer "Immense et rouge" Editions des Inaperçus

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