Je serai au Mans les 16 et 17 octobre à l'occasion de la "25ème Heure du Livre" et la sélection des "Anglaises" pour le Prix Dimoitou.
Venez nombreux !
http://www.24heuresdulivre.fr/
"Ma mère téléphone pour me souhaiter un joyeux Noël.
Et me dire que s'il continue de neiger
elle a l'intention de se tuer. J'ai envie de dire que
je ne suis pas dans mon assiette, ce matin, s'il te plaît
lâche-moi un peu. Je vais peut-être devoir consulter un psychiatre
...une fois de plus. Celui qui me pose toujours la plus féconde
des questions. "Mais que ressentez-vous réellement ?"
Au lieu de quoi je lui raconte que l'une de nos lucarnes
est cassée. Pendant que je parle, la neige
fond sur le canapé. Je dis que je suis passé aux All-Bran
et donc il n'y a plus lieu de s'inquiéter
que je contracte un cancer, ou que son argent se tarisse.
Elle m'écoute jusqu'au bout. Puis m'informe
qu'elle quitte "cet endroit pourri". Elle trouvera un moyen. Elle ne veut plus
le revoir, ni moi, avant d'être dans son cercueil.
Soudain, je demande si elle se rappelle le jour où papa
était ivre mort et a coupé la queue du bébé labrador.
Je poursuis un moment, à parler
de cette époque. Elle écoute, attendant son tour.
Il continue de neiger. Et il neige et neige encore
quand je raccroche. Les arbres et les toits
sont couverts de neige. Comment puis-je en parler ?
Comment pourrais-je expliquer ce que je ressens ?"
Raymond Carver
Editions de L'Olivier
Photo : Anni Leppälä
"Ismaël" ira à L'Ecole l'année prochaine (Collection Neuf) et vous apprendra la différence entre une cape de super-héros et un châle de mélancolie. Joie !!
" La nuit, Ismaël vole souvent, il passe d'une pièce à une autre sans même s'en apercevoir. Au départ, c'était de temps en temps puis c'est devenu souvent pour devenir tout le temps.
Il flotte dans l'air, ses pieds ne touchent plus la terre. Il peut faire des pirouettes, des saltos et des triples boucles, jamais il ne tombe.
Ismaël est devenu un petit garçon volant.
Le soir, après avoir dîné ( des boulettes de viandes et des têtes de brocolis), il part se coucher dans sa chambre. Sa maman vient le border et lui murmurer des mots qu'il ne comprend pas
toujours. Elle ne lui lit pas de livre mais lui raconte une histoire, toujours la même dans laquelle elle parle d'elle et de la mélancolie. Elle parle aussi du papa d'Ismaël. Il est parti de la
maison en début d'année.
Au départ, le garçon se concentre pour bien l'écouter et suivre les mots qui sortent les uns après les autres de sa bouche. Des mots gris et tout mouillés, des mots que l'on sortirait de la
machine à laver, trempés, essorés puis chiffonnés.
Lorsqu'elle a terminé de lui raconter son histoire, elle lui laisse ses mouchoirs en papier qui se sont transformés en petites boules souples et pleines d'eau. Ismaël les cache ensuite derrière
son oreiller.Le lendemain matin, les mouchoirs en papier sont devenus durs comme de la pierre. Alors le garçon pense que la mélancolie a disparu pour de bon. Il espère.
Mais le pour de bon n'existe que quelques heures parce que le soir, ça recommence. Ismaël a une sacrée collection de vieux mouchoirs ! Il n'ose pas les jeter, il a peur, il ne sait pas pourquoi."
(Dessin : Pat de Caro)