Mercredi 16 avril 2014 3 16 /04 /Avr /2014 09:56

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Publication en septembre de mon prochain roman "Tiksi" aux éditions de L'école des Loisirs dans la collection Médium. Joie !

 

Le livre raconte trois jours de la vie de Galya, une adolescente de seize ans vivant sur les bords arctiques de la Sibérie, à Tiksi, petite ville russe diminuée après l’effondrement du bloc communiste. Trois jours au cœur de l’hiver polaire, là où tout est noir, là où tout est nuit, là où tout est froid. Galya est une jeune-fille obstinée, forte, responsable et bouillonnante, qui rêve de quitter cette petite ville glacée dans laquelle elle se sent enfermée, elle espère devenir océanographe et voyager sur toutes les mers. Elle veut découvrir le monde mais le monde, qu’est-ce donc ? Lorsqu’on vient de Tiksi et qu’on n’en ai jamais sorti et que tous les habitants où presque en sont partis. Et avant de tomber dans le monde, il faut aussi savoir d’où peut venir la lumière et avec quelle force doit-on l’extraire d’une nuit si profonde.

 

Un extrait :

 

L’équipage du brise-glace allait bientôt descendre à terre, je me suis dépêchée pour les voir arriver. Je n’étais pas la seule, certains habitants, comme moi, sortaient des immeubles ou de leur maison, pour voir amarrer la monstrueuse et magnifique machine.

Je me souvenais de Maman qui faisait la même chose. Surtout les derniers temps. Elle adorait ça, Maman.

Maman, Maman, cette musique que je n’entendais plus, ce poème qui ne se récitait pluss, cette berceuse qui ne se composait plus.

Ce silence qui seulement se vivait.

Le matin de l’amarrage, elle se réveillait comme si c’était le jour de noël. Excitée comme une puce. Elle était drôle et vivante, je sentais un feu se consumer en elle, et rien que de vivre cette journée à ses côtés me réchauffait. C’était mon petit feu.

Ma Maman antre, où tout était doux, où tout était chaud.

Avant l’arrivée du Yamal ou de n’importe quel autre brise-glace, elle me racontait des légendes et des histoires de marins. A l’entendre, j’avais la sensation que tout ce qu’elle disait était vrai. Elle me parlait des marins qui chevauchaient les flots et qui sombraient dans la mort jusqu’au cou, d’hommes perdus et retrouvés dans les mers, de la lumière des phares, des vagues furieuses et dangereuses des océans.

Rien ne faisait peur à ma mère.

Et mon père l’aimait passionnément pour cela.

Pour ses yeux lorsqu’elle racontait la mer ou les glaces, la lumière qui naissait progressivement de l’obscurité, ou de la nuit qui apparaissait en faisant mourir peu à peu le soleil

Tout était beau chez elle. Son soleil et ses nuits.

 

Josiah trottait, satisfait, à mes côtés. Il se roulait même dans la neige de temps en temps. J’ai pensé que j’étais bien heureuse de l’avoir avec moi. Je veux dire, pas seulement aujourd’hui mais depuis toutes ses années. C’est Gavriil qui l’avait trouvé le jour de mes dix ans, derrière une remise à bateau. Un petit berger allemand, un bébé qui s’emmêlait les pinceaux avec ses pattes avant et arrière, un abandonné, un orphelin dans la neige qui ne savait pas comment manger. Quelqu’un avait dû le laisser là en pensant qu’un jour, peut-être, il y aurait des bonnes âmes dans Tiksi. Et nous sommes arrivés, les Bolotine pour l’accueillir chez nous.

A chacun de mes anniversaires, on lui installait un petit chapeau pointu sur la tête et une jolie guirlande violette et brillante autour du cou. Et dans ses yeux, on voyait à quel point il était content d’être célébré en même temps que moi. On pourrait penser que le déguiser était ridicule mais à cet instant c’était le plus heureux des chiens, malgré le froid, malgré Tiksi, malgré la tôle pourrie.

Il s’amusait avec nous, il courait après les motos-neige ou dans la toundra quand c’était l’été. L’année dernière, il avait passé son temps à poser sa patte sur un de mes bras comme pour me signifier quelque chose.

Au fond de mon cœur, je savais ce que cela voulait dire. J’étais sur le canapé ou dans mon lit et lorsque mon père venait me voir pour me serrer entre ses bras, il disait gentiment : « Pousse-toi le chien ! » Josiah obéissait immédiatement mais revenait sitôt que mon père sortait de ma chambre. Il me veillait. Il attendait que ça aille mieux. Le jour, enfin, où je suis sortie de mon lit, il m’a fait la fête, a trifouillé dans mon armoire à linge et en a extrait mon bonnet rouge à pompon.

Alors j’avais fondu en larmes.

Parce que c’était à la fois beau et triste d’avoir un infirmier personnel avec quatre pattes et des poils.

 

Crédit photographique : Evguenia Arbugaeva.

Par Marie Chartres
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Mercredi 9 avril 2014 3 09 /04 /Avr /2014 10:43

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J’ai examiné la carte attentivement. Nous en avions pour plus de six heures de route, il fallait même ajouter une heure supplémentaire vu les kilomètres au compteur de la Break. Nous allions donc descendre vers le sud, longer la rivière Missouri qui coupait l’état en deux et traverser Selby, Gettysburg, on contournerait Pierre, la capitale de l’état, puis on passerait par Murdo, Mission, Martin et enfin nous arriverions à Pine Ridge. J’étais content de ce voyage parce que ça me permettait de revoir, même de loin, les Black-Hills et les Badlands qui sont des paysages magnifiques et déroutants. Mes parents m’y avaient emmené de nombreuses fois. J’avais découvert des buttes, des pinacles et des flèches sublimes, presque magiquement érodés et des prairies à perte de vue. Lorsqu’on voyageait, c’était souvent mon père qui conduisait mais ce dont je me souvenais le plus, ce sont les pieds de ma mère. Elle enlevait systématiquement ses chaussures dès que l’on faisait plus de vingt kilomètres. Elle posait ses pieds nus sur le tableau de bord et les bougeait en rythme selon la musique que l’on écoutait. On aurait dit une hippie, elle portait une bague en argent autour d’un de ses orteils. Je m’amusais à prendre des photos à partir de cet angle. Ses pieds au premier plan et les paysages grandioses à l’arrière. Selon les voyages, elle portait du vernis à ongles différent : du vert, du jaune, du rouge, du violet, du rose et derrière, je voyais les montagnes rocheuses noire, ocre ou sable ou bien les prairies alignées en couvertures rouge, jaune ou brune. A la maison, il y a des centaines de photos de ces territoires majestueux avec les pieds de ma mère, fabuleux et vivants, au premier plan.

Mon père à chaque voyage avait quant à lui l’habitude de toujours prononcer la même phrase,  

-          On comprend mieux la vie en voyant ça, hein ?

Je ne savais pas s’il parlait seulement des prairies, des plaines et des montagnes ou bien si comme moi, il associait la beauté de la nature aux pieds de Maman. Mais j’acquiesçais toujours.

Là, c’était mon premier voyage depuis un an. J’ai repensé aux yeux de l’hôpital, aux journées dénudées et aux nuits infinies, à tous mes kilomètres suspendus et arrêtés et aux oiseaux qui conversaient en chants affolés le matin devant ma fenêtre. J’ai pensé aux jours et aux images qui disparaissent.

Par Marie Chartres - Publié dans : Textes
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Mercredi 12 mars 2014 3 12 /03 /Mars /2014 14:24

 

 

 

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"Tiksi": roman à paraître aux éditions de L'Ecole des Loisirs. Collection Médium.
Rendez-vous en septembre !

Par Marie Chartres
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Mercredi 5 mars 2014 3 05 /03 /Mars /2014 10:37

 

 

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Illustration : Lu Green.

http://lugreen-illustration.com/

Par Marie Chartres
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Mardi 4 mars 2014 2 04 /03 /Mars /2014 14:43

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En m’approchant de la voiture déglinguée, j’ai eu cette sensation de tomber dans une sorte d’état comateux, pas celui lié à la mort ou à la douleur, mais celui des rêves profonds, ceux dans lesquels on est bien et dont on ne veut pas sortir. La nuit, parfois, ça m’arrive, je rêve et je vois d’abord mon père, puis ma mère, ils se rejoignent au bord d’une falaise et se donnent la main. Ils marchent devant moi, le ciel n’est pas d’un bleu qui fait mal mais d’un bleu doux, profond, il y a un léger vent, la jupe de ma mère flotte légèrement, elle sourit et moi, je suis à quelques mètres derrière eux, j’ai mon ballon de basket sous le bras, mes chaussures de sport aux pieds, je me tiens droit, je vois mes parents devant moi, ils se retournent pour s’assurer que je suis là, je leur fais un signe et je souris, mon visage est lisse et mat, juste ce qu’il faut pour que je me sente heureux, sans boutons, j’avance à la vitesse que je veux, je joue avec mon ballon, je le lance dans les airs et le rattrape, de plus en plus haut, de plus en plus fort. C’est mon rêve. J’entends les vagues, le bruit de la mer qui va et vient pendant que mon ballon s’élance dans les airs pour retomber à terre. Je suis léger, tout me semble aérien puis une nouvelle fois, je lance mon ballon, avec une énergie folle mais il ne revient pas, il reste comme suspendu dans le ciel, je ne comprends rien, mes parents s’arrêtent de marcher et se retournent vers moi, ils me parlent mais je ne les  entends pas, je crois qu’ils hurlent, mon père devient ce visage de colère et ma mère a ce sourire figé comme si on le lui avait collé sur la figure. Ils me font de grands gestes mais je n’arrive plus à parler. Puis ce rêve où je suis bien, où rien ne peut être meilleur se transforme en quelque chose de noir et monstrueux. C’est mon cauchemar. Le ballon retombe du ciel comme un miracle sombre, je me sens terrifié, il se retrouve entre mes mains et je décide de le lancer vers la falaise, dans la mer, pour oublier qu’il s’est retrouvé pendu au ciel. Subitement, je ne veux plus le toucher. Mes parents suivent le ballon, je ne comprends pas, ils décident de suivre son mouvement pour s’en saisir comme s’ils avaient besoin de le sauver, lui, ils font une embardée et sautent tous les deux de la falaise pour tomber dans la mer. Je ne les vois plus. Je me retrouve seul, les vagues en bas vont et viennent, vont et viennent, infiniment et puis il n’y a plus que ma respiration bruyante, sous le ciel bleu et dur,  Il n’y a plus que moi et je pleure. Mon oreiller est trempé lorsque je me réveille. C’est mon cauchemar. Il va et vient. Infiniment. Toutes les nuits. (projet en cours)

Par Marie Chartres - Publié dans : Textes
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Profil

  • Marie Chartres
  • Marie Chartres
  • Femme
  • 23/12/1977
  • Littérature Ecriture Romans
  • "Bleu de Rose" "Les anglaises " "Les nuits d'Ismaël" Ed. L'Ecole des Loisirs "Cette bête que tu as sur la peau" Editions du Chemin de Fer "Immense et rouge" Editions des Inaperçus

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